Maroua-PetitMetier

Quelle place pour le secteur informel dans les politiques d’emploi ?

Disons le d’emblée, une très faible place. Le secteur informel en Afrique est un raccourci que les citoyens se sont données las d’attendre que l’Etat mette en place les choses. Il n’est pas une solution, il est une option malheureuse qui perfuse les vies et qui devrait céder la place aux véritables aspirations.

C’est toujours avec colère que j’aborde la question du secteur informel. Parce qu’il est une confusion dont la responsabilité incombe UNIQUEMENT aux politiques. J’ai travaillé sur ce secteur pendant plusieurs années, lu de nombreux ouvrages et participé à des études là dessus et la seule vraie conclusion est que c’est une grossièreté dont les politiques devraient avoir honte. Clarifions quelques points.

Le secteur informel, comment le connaissons, au delà des mots ?
Nous le connaissons au travers de tous ces petits métiers sans règle, nés de l’imagination de milliers de personnes en quête d’emplois ou plein d’idées et n’ayant pas de cadres pour les exprimer. Le secteur informel, c’est ce chauffeur de taxi sans aucune autorisation, c’est ce vendeur à la sauvette qui vend des produits jamais contrôlé, parfois dans des endroits interdits, c’est cette diplômée qui fait du mobile phone au bord de la rue, c’est ce vendeur de chaussures en plein carrefour.
Bref, nous connaissons le secteur informel au travers de personnes qui ont décidé de s’accrocher à une solution, n’importe laquelle qui les permette enfin de subvenir à leur besoin, sans considération d’aucune réglementation, ou sans même qu’il existe une réglementation qui s’applique à eux.
Le secteur informel, ce ne sont pas des personnes hors la loi…c’est un vide de loi soit sur les personnes qui trouvent ainsi leurs solutions, soit un vide de loi sur leurs solutions…soit enfin, un écart entre ce que des débrouillards proposent et une réglementation donnée.

Le secteur informel, qu’apporte t-il ?
Là aussi, la réponse est sans biais. Le secteur informel est une solution immédiate aux acteurs qui s’y trouvent. Il rapporte, et parfois ce n’est pas vrai tous les jours, au moins de quoi manger à la maison. Sinon, il permet de vivre au quotidien et de gérer divers besoins, y compris parfois des besoins de luxe pour les plus chanceux. Il arrive même souvent que certains finissent par se frayer un chemin au travers de ce chemin au point soit de devenir riche, soit de passer à autre chose.
Mais le secteur informel n’apporte pas véritablement un emploi.
Il n’apporte aucune garantie…même parfois sur le quotidien lui-même. On n’est jamais certain que la journée sera bonne…Et que dire des fins de mois qui sont des véritables chances pour la plupart des prisonniers de ce secteur.
Il n’apporte aucune sécurité, ni financière, ni psychologique. En général, pas d’assurance, pas de prise en charge sociale ou médicale. Bref, au moindre palu qui dure plus que trois jours, l’emploi ou l’activité est sous de sérieuses menaces de mort. Par ailleurs, on n’est confronté à n’importe quoi sans abri sécuritaire.
Il n’apporte aucune couverture légale. Et tout le monde va venir entrer dans ce vide. Les fonctionnaires des impôts, la police, les services sanitaires, les services municipaux, tout le monde trouve dans cette absence de couverture légale un moyen d’extorquer et de torturer psychologiquement des milliers de personnes sans aucune considération. C’est en effet blessant, étonnant, extraordinairement méchant même de voir que ceux qui ont un emploi stable utilisent leur emploi pour persécuter ceux qui n’en n’ont pas eu et qui ont dû inventer des solutions de fortune pour survivre…

Le secteur informel est un trompe l’oeil

Il laisse l’impression qu’on a une occupation quand celle-ci pour un rien du tout peut s’évanouir sans qu’on ait rien à revendiquer; il laisse l’impression qu’on va vers quelque part quand il fait tourner en rond pendant des années. il créee des exceptions de succès qui deviennent les modèles que la majorité n’atteindra jamais. il crée autour de lui des avocats qui ne sont pas concernés du tout par la misère qu’il engendre en introduisant un discours condescendant sur ces « pauvres personnes dont on doit sauvegarder absolument le gagne-pain ». il expose les plus faibles aux plus forts sans que ceux-ci n’aient aucune option…même la petite vendeuse d’arachide peut se faire violer par le client en voiture sans que cela ne puisse jamais être jugé…et que dire de ces vies volées dont il est un ferment favorable; toutes ces années d’études brûlées derrière la solution qu’il apporte.

Non, le secteur informel ne mérite aucune éloge. Et s’il fait vivre des millions de famille à travers l’Afrique, il faut bien se dire qu’il s’agit d’un problème à régler. Il nous dépanne tous, mais il n’est absolument pas normal que la « vie à peu près » devienne un modèle acceptable. Et si des politiques en mal de gouvernance et d’inspiration ont décidé d’en faire une solution, il faudra bien qu’une génération de politiques accepte de redonner de la dignité à tous ces débrouillards violés psychologiquement, financièrement par des situations de travail qu’ils ont dû choisir parce que n’ayant pas vraiment d’autre choix.
Comment cela doit-il se faire…c’est une autre question. Mais permettez moi de me contenter de poser le problème pour le moment…Et surtout ne me dites pas que tout le monde connaît ce problème….Parce que c’est justement parce qu’on refuse de prendre vraiment conscience des problèmes dans ce qu’ils sont que nous passons notre temps à construire des solutions boiteuses.

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4 commentaires sur “Quelle place pour le secteur informel dans les politiques d’emploi ?

  1. Il y a beaucoup de situations différentes dans le secteur informel. Il y a celle que tu décris ici, la solution du vaille que vaille, maintenant, jour le jour… la plus dure, celle qui me fait monter les larmes.
    Et puis il y a des gens qui ont monté une activité valable et durable et qui pourraient sauter le pas, s’inscrire comme entrepreneurs individuels, mais ils sont rebuté par les démarches d’une part et d’autre part, ils ne sont pas sûr d’y avoir intérêt : il faudra payer des charges, des impôts … Le jeu en vaut-il la chandelle ?
    C’est la que le calcul doit inclure tous les composants et notamment celui que tu mets en avant : le vrai prix d’être sans défense !
    Je pense en effet que beaucoup de business du secteur informel n’osent pas se « formaliser » par crainte des « taxes » alors qu’ils ne voient pas qu’ils sont aujourd’hui soumis à des « taxes informelles » sous formes de prébendes, rackets divers auxquels ils se soumettent pour exercer leur activité.
    Surtout, ils ne sont pas sûrs d’être débarrassés de ces « taxes » en adoptant un statut officiel.
    Je me permets de signaler un de mes articles sur un domaine du secteur informel dont je suis un fidèle client :
    http://business-en-afrique.net/fast-food-sauce-africaine/
    On y trouvera aussi un entretien avec Filaga Michel SAWADOGO qui pose clairement le problème de l’intérêt ou non de la bascule vers l’environnement formel.

    • Bonjour Pascal,
      En vérité, je ne considère pas cette catégorie d’acteurs que tu as mentionnée comme étant du secteur informel en tant que tel…Ce n’est pas l’informel formé sous le vide de loi…cet informel est plutôt formé sur le « hors le loi ».
      Encore une fois je commence par poser la responsabilité des pouvoirs publics qui ne saisissent pas suffisamment la mauvaise appréhension que peuvent avoir parfois des personnes de bonne foi…et donc ne crée pas en retour l’espace le plus adapté qui puisse prendre en compte la faiblesse financière ou institutionnelle des ces petits investisseurs qui ont cependant des moyens raisonnables.
      Une illustration de cela est dans le secteur agricole ou dans le secteur artisanal où effectivement des promoteurs restent trop longtemps « informalisés »..jusqu’à épuisement bien souvent…à cause des raisons que tu as évoquées. Ailleurs, des statuts formels adaptés ont été crées pour gérer ces cas de figure. Et meme si le nouveau cadre OHADA tente quelque chose avec le statut d’entrepreneur…nous sommes encore loin du compte. Le cadre de référence n’est pas juste le statut juridique adapté, mais un ensemble de mesures formatives, informatives qui permettent d’intégrer ce cadre///et ca, ca n’existe pas encore dans la plupart des politiques qui s’adressent à l’informel.
      Il faut enfin dire qu’il existe cependant des acteurs de mauvaise foi. En effet, pour d’autres acteurs, les enjeux sont ailleurs et l’informalisation a le bénéfice de couver d’autres mauvaises pratiques. Cela ne saurait bien évidemment être soutenu.
      Sinon dans la généralité , lorsque des promoteurs saisissent bien les enjeux de la formalisation (c’est à dire reçoivent l’ajustement formatif et informatif qu’il faut), dans mon expérience, la transition s’est généralement effectué à plus ou moins courte échéance.
      J’ai lu ton article, permets moi de faire mon commentaire sur ton blog afin d’enrichir le débat que tu as posé.
      Salutations et merci encore.

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