Licencier, ma plus lourde décision : le témoignage d’un patron

Je ne m’étais jamais imaginé ce que cela pouvait être et combien lourde était la responsabilité de décider de l’avenir professionnel d’un collègue. J’avais systématiquement évité de me retrouver confronter à ce genre de situations et jusque là, tout avait marché. J’avais toujours été du style à faire avancer les autres et non à devoir les stopper, quelles que soit les raisons.

Je me souviens d’ailleurs qu’un expert en gestion de carrière qui m’avait accompagné pour plusieurs milliers d’euros m’avait fait la remarque que je n’aimais pas du tout les conflits et que je les évitais systématiquement et que cela n’était pas forcément bon. Un dirigeant doit savoir prendre souvent ses responsabilité en main et crier, lutter, entrer de plain pied dans le conflit afin que de celui-ci, se dégage quelque chose de nouveau. Moi, je n’y avais pas vraiment pensé et jusque là je développais d’autres stratégies.

Je m’étais montré presque à chaque fois conciliant. Je fermais les yeux sur certaines fautes et dérapages, considérant qu’il n’était pas utile de devoir crier sur tout…et je criais sur des détails sans conséquence. Mais tout ce qui pouvait déboucher sur une décision lourde était évité. je fermais les yeux, avalait, allait me reposer pour retrouver le lendemain une journée sur laquelle les nuages noirs ont fini par se dissiper.

Mais ce soir, là, je n’avais pas dormi. Il avait fait des dégâts et comme à l’habitude, j’avais essayé de baisser le poids de cela, mais ca me semblait trop fort, trop voyant, trop gros pour passer comme cela. Pourtant j’en ai vraiment vu de pas bonnes du tout. Il avait réussi à transformer mon environnement en jouant à une sorte d’apprentis espions qui réinterprète à son gré ma réalité. et du coup, il avait réussi à créer pour moi et autour de moi, une autre réalité.

La faute était bien évidemment lourde vue son poste et vue le niveau de travail dans lequel nous étions impliqué. Chacune de ces actions avait un potentiel destructeur incalculable et je pense que lui-même, n’avait vraiment jamais réalisé qu’il jouait avec un feu terrible.

J’en ai parlé à un proche, puis à deux collègues parmi les plus proches des dossiers. Pour tous, le verdict était le même. Il fallait faire attention et éviter un sentimentalisme capable de nuire au travail, à la structure et à ma personne. Au fond de moi, je savais qu’il fallait une réaction forte pour endiguer le problème…Mais je savais aussi que le collaborateur avait une situation difficile. Comment avait-il pu se permettre autant de légèreté ? comment avait-il pu prendre un risque aussi démesuré ?

Le cœur lourd, je l’ai convoqué en présence d’un autre collègue. Il n’a pas nié les faits et a même précisé comment tout cela s’était passé. Il réalisait qu’il avait fait une terrible bêtise en exposant ainsi ma personne et combien cela pouvait avoir des conséquences sur mon travail, sur l’organisation et sur la vie privée et professionnelle d’autres personnes. Je ne pensais pas que je pouvais avoir à dire cela…Mais trop tard…c’était les mots qui me venait avec peine. Il était Licencié avec effet immédiat ! Juridiquement, il aurait bien sûr perdu davantage…mais je réalisais avec fracas que j’étais entrain de licencier une personne…de priver quelqu’un de son seul espoir de s’en sortir à un moment particulier de sa vie…et cela était lourd. J’avais des doutes même si dans le fond, je savais que cette décision devait être prise, même pour son propre intérêt. Il a supplié, pleuré…et j’ai utilisé les paroles de consolations que je pouvais…Mais je savais que revenir sur cette décision était un risque presque certain. Et j’ai fait preuve d’une fermeté très rare dans ce genre de situations. Je me demande encore comment les patrons font pour licencier avec autant de facilité leurs employés parfois pour des broutilles alors que moi, je suis partagé par une décision aussi lourde. Pardonner ? Je ne sens aucune amertume vis à vis de lui. Je suis passé sur l’aspect personnel de cette faute. J’ai juste le sentiment que je dois faire ce qu’il y’a à faire…je n’ai pas l’impression d’être sans état d’âme, au contraire….en fait, la seule chose qui me sauve, c’est ce brin de quelque chose calme en moi qui sait avoir pris la bonne décision.

Il se retourne en regrettant à nouveau amèrement ce qu’il a fait. Je l’invite à se reprendre en main et à se reposer un peu parce que ca ne va vraiment pas.  aussitôt seul dans mon bureau, des larmes de douleur coulent de mes yeux. Je viens de prendre la décision la plus lourde de ma carrière. Et malgré mes interrogations et ma douleur…une seule constance. J’ai pris la bonne décision.

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